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Les politiques européennes et la dynamisation des territoires

Quelle articulation entre formation et développement économique dans les territoires ? Nicolas Delesque dirige la revue « Universités & Territoires » et analyse l'impact de la construction européenne, de ses programmes et instruments financiers sur les territoires.

 

Depuis plusieurs années monte en France le débat sur les territoires, leurs rôles et leurs places dans les politiques publiques nationales. Les débats s'enflamment sous l'effet des différentes vagues de décentralisation et des discussions actuelles sur la nouvelle carte territoriale et les prérogatives de chacune des collectivités (ou de l'absence de certaines comme la Jeunesse). Légitimité, antériorité, économie budgétaire sont tour à tour avancés comme arguments par les protagonistes.
Parmi ces débats, celui de la formation et de son articulation avec le territoire et ses besoins économiques et sociaux est particulièrement engagé et parfois bloqué, car il touche à une double représentation sacralisée en France : celle de l'égalité sur l'ensemble du territoire et celle du caractère universel de l'éducation au service de la formation du citoyen.

En prenant un peu de distance avec l'actualité législative immédiate, il peut être intéressant de replacer le débat de la relation Formation / Territoire / Monde Economique dans un ensemble plus large qu'est l'Europe, non pas comme évitement du territoire national, mais parce qu'elle est devenue le territoire pertinent pour les politiques qui touchent et visent à soutenir l'enseignement supérieur, la recherche, le développement économique dans le marché mondial.
Ces dernières années, la construction européenne et les différentes politiques et programmes ont, par touches successives, apporté de nouvelles dimensions dans ce débat, soit en agissant directement sur les citoyens européens, soit en orientant ou influençant certaines politiques territoriales.

Attractivité des territoires, formation et innovation continue

Le premier élément nouveau est la notion d'attractivité des territoires, et surtout le fait que cette recherche d'attractivité englobe largement la question de la formation et de l'enseignement supérieur comme éléments essentiels. Ce terme d'attractivité est tellement passé dans les discours des décideurs locaux, qu'il nous semble loin le temps de l'Etat surplombant distribuant ses laboratoires de recherches, ses universités, ses grands équipements aux bons élèves de tel ou tel territoire.
Pourtant cette mue est en cours, et n'est pas totalement accomplie, car la notion d'attractivité signifie aussi que chaque territoire doit se différencier par rapport à son voisin qu'il soit national ou européen. Le territoire se vit donc par lui même et pour lui même afin de rechercher son propre écosystème dans lequel la question de la formation et de son adéquation avec les besoins du territoire prend toute son importance. Il doit choisir lui-même sa future identité au service de sa politique d'attractivité.
A titre d'exemple de la mue en cours, l'évolution des politiques développées par les territoires, villes et régions principalement, de soutien aux programmes d'échanges est emblématique. Décrites et promues initialement comme un programme de formation de « nos » jeunes par un séjour à l'étranger, elles évoluent de plus en plus pour devenir aussi des politiques d'accueil et d'attractivité de jeunes « d'ailleurs » sur le territoire concerné. Le discours est en train de changer :  attirer des jeunes du monde entier dans « ma région » est presque devenu un slogan, le territoire expose ses atouts pour donner envie de venir, mais les budgets consacrés aux départs restent encore beaucoup plus importants que ceux consacrés à l'accueil.

Innovation et développement économique

Le deuxième élément nouveau qui a vu le jour est celui de l'innovation, prise comme un moteur essentiel du développement. La notion de développement économique est apparue dans les premières politiques comme une étape pour adapter l'économie d'un territoire, touché par les évolutions des modes productifs, vers un autre système plus en phase avec les besoins actuels. La formation -et son adaptabilité aux besoins locaux- y trouvait naturellement sa place comme un vecteur d'accompagnement de ce changement. La notion d'innovation change ce paradigme, car elle induit que le développement d'un territoire devient, non plus une étape, mais un processus continu pour chaque territoire. Il s'agit pour lui d'intégrer en son sein les conditions nécessaires et les plus optimales possibles pour que l'innovation s'y développe. Favoriser les croisements entre recherche et monde économique, développer les infrastructures de transport et le haut débit, mais aussi les conditions de cadre de vie des nouveaux arrivants, de l'offre éducative et culturelle inhérente à un épanouissement des individus deviennent des conditions essentielles pour les territoires qui veulent rester attractifs. Une nouvelle notion tend à se substituer à celle de territoires attractifs, celle de territoires « adhésifs », décrivant des territoires réunissant les conditions favorables à l'innovation continue et proposant les conditions d'un maintien des acteurs et de leurs « outils » et créations au service du développement territorial et de son rayonnement.

Le politique impulsée par l'Europe de « Clusters » ou « Pôles de compétitivité » va dans ce sens même si des interrogations demeurent sur le degré des nouvelles spécificités acquises par les territoires et le potentiel d'évolution de ces dernières à l'aune de l'évolution des besoins économiques. Il en va de même avec la demande toujours plus pressante de l'Europe d'articulation entre les actions inscrites dans le FEDER concernant les infrastructures et les initiatives de développement local et les actions des CPER touchant à l'économie de la connaissance et le développement de l'enseignement supérieur. Là aussi le processus est enclenché.

Les apports des politiques européennes

Le troisième élément qu'il semble pertinent de souligner est la question des objectifs de ce nouveau couple territorial « formation/économie »qui est en train d'émerger. Dès la mise en oeuvre de la stratégie de Lisbonne, la question de la cohésion sociale nécessaire à un développement économique du territoire était pointée. Ce couple Formation/Economie doit s'inscrire dans un projet de territoire, dans le sens où il doit, en complément d'une recherche d'attractivité et d'une certaine fertilisation de l'innovation, s'attacher à répondre aux besoins d'un territoire qu'ils s'agissent de besoins économiques mais aussi de besoins sociaux. Cet enjeu de diffusion au plus grand nombre est un réel enjeu démocratique si nous voulons que l'ensemble des citoyens d'un territoire participent et reçoivent les bénéfices de ces évolutions sous peine d'accentuer la fracture de l'inclusion dans le nouveau monde qui se dessine.

La nouvelle problématique des Universités autonomes de répondre aux besoins de leurs territoires environnants, l'émergence de politiques « d'Université Responsable » ou de « Responsabilité sociales des Universités » va dans le bon sens même si elle reste aujourd'hui embryonnaire. La nécessité pour les territoires d'échanger avec tous les acteurs de la formation présents sur son territoire est une préoccupation déjà ancienne pour répondre aux besoins économiques. Elle doit maintenant s'inscrire dans un processus dynamique pour aller plus loin que la réponse et intégrer l'anticipation des besoins liés à son projet de territoire et au développement personnel des citoyens qui y vivent et qui arrivent.

On le voit, les apports des politiques européennes et les démarches qu'elles proposent pour permettre aux territoires de préparer l'avenir et leur avenir, tendent à territorialiser la question de l'articulation formation et besoin économique. Il s'agit maintenant d'aller jusqu'au bout de cette mutation en multipliant les ponts et les échanges avec tous les acteurs territoriaux pour inscrire ce processus dans une dynamique de développement des compétences des personnes au service d'un projet territorial capable de s'adapter aux mutations de nos sociétés.

Nicolas DELESQUE

Directeur de la publication « Universités & Territoires »

 

 

02
Juillet 2015
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