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Un partenariat franco-allemand fort pour une Europe forte

Les stratégies pour renforcer la coopération dans les domaines de l'enseignement et de la formation professionnels

 

Tribune de Laure Coudret-Laut, directrice de l'Agence Erasmus+ France / Education Formation, et Klaus Fahle, directeur du BIBB - Agence Erasmus+ allemande pour la formation professionnelle et l'éducation des adultes.

 

L'Allemagne et la France ont une longue expérience en matière de coopération dans les domaines de l'enseignement et de la formation professionnels. Signée en 1951, la Communauté européenne du charbon et de l'acier a été proposée le 9 mai 1950 par le ministre français des Affaires étrangères, Robert Schuman, pour prévenir d'une nouvelle guerre opposant l'Allemagne et la France. Il a déclaré que son but était de rendre « une guerre non seulement impensable mais matériellement impossible » grâce à la coopération régionale et au développement des compétences mis en avant dans l'article 2 du traité : « La Communauté européenne du charbon et de l'acier a pour mission de contribuer […] à l'expansion économique, au développement de l'emploi et au relèvement du niveau de vie dans les États membres ».

En signant le Traité de l'Elysée le 22 janvier 1963, le Général De Gaulle et Konrad Adenauer ont posé les bases de l'Office franco-allemand pour la Jeunesse (OFAJ). En mai 1960, des fonds structurels dotés d'un budget important ont été alloués à la coopération dans les domaines de l'enseignement et de la formation professionnels. Entre 1960 et 1973, plus d'un 1 million de travailleurs ont pu en bénéficier pour se former et 700 000 citoyens ont pu s'insérer professionnellement grâce à eux. En 1964, 1979 et 1984, différents programmes européens ont vu le jour, dont certains avaient pour objectif la reconversion des entreprises grâce à la formation et à la mobilité1.

Créé en 1987 par la Commission européenne, le programme Erasmus ne concernait initialement que le secteur de l'enseignement supérieur et a déjà bénéficié à plusieurs générations d'étudiants et de professeurs européens. Cependant, le secteur de l'enseignement et de la formation professionnels n'a pas été oublié : le programme PETRA II a été créé en 1991, suivi peu de temps après par le programme Leonardo da Vinci. En seulement 23 ans, ces deux programmes ont aidé près de 400 000 apprentis et formateurs français et allemands à apprendre des autres Européens. Aujourd'hui, la coopération dans le domaine de l'enseignement et de la formation professionnels est incluse dans le programme Erasmus + et regroupe 33 pays. Jusqu'en 2020 et même au-delà avec le prochain programme pour la période 2021-2027, les compétences européennes devront être conçues de manière à faire face à la concurrence internationale des talents et des cerveaux. Avec un budget en augmentation jusqu'en 2020 qui permettra de mieux répondre aux demandes grandissantes, Erasmus + reflète le souhait de l'Union européenne d'investir dans les compétences des jeunes et d'offrir à chacun les mêmes opportunités.

Le BIBB et l'Agence Erasmus+ France / Education Formation sont en charge des volets formation professionnelle et éducation des adultes du programme Erasmus +. Leur partenariat reflète à la fois la forte coopération entre l'Allemagne et la France, et les nombreux échanges entre des partenaires allemands et des partenaires français impliqués dans un projet Erasmus + : chacun apporte à l'autre son savoir-faire et partage ses expériences.

La France réforme son système de formation professionnelle

La France s'est engagée dans une grande réforme nationale de la formation professionnelle et de l'apprentissage qui aspire à donner à chacun la liberté et la capacité de choisir et de construire son parcours professionnel. Elle se traduira dans les faits par un investissement de 15 milliards d'euros sur cinq ans dans un plan d'investissement pour les compétences. Ce plan consistera à favoriser des parcours sur mesure de formation vers l'emploi pour plus d'un million de jeunes peu qualifiés, et à transformer en profondeur l'offre de formation, grâce notamment à une nouvelle plateforme du Compte Personnel de Formation (CPF) sur laquelle les actifs pourront consulter leurs droits.

Avec sa réforme de l'apprentissage, la France souhaite diminuer le nombre de jeunes qui ne sont ni à l'école, ni à l'université, ni en apprentissage, ni en emploi et leur offrir une formation adaptée à leurs envies et aux besoins du marché du travail. Elle vise à faciliter l'accès à l'apprentissage et à le faire reconnaître comme une voie de passion, d'excellence et d'avenir, comme c'est déjà le cas en Allemagne.

La France veut doubler sa participation au programme Erasmus +

La proposition du Ministère du Travail comprend 20 mesures, dont la création de classes préparatoires pour mettre à niveau les candidats, l'assouplissement des modalités de rupture des contrats d'apprentissage, ou encore l'augmentation du nombre d'apprentis bénéficiant d'une mobilité Erasmus +.

La France ambitionne 15 000 apprentis français par an en mobilité Erasmus + contre 7 000 aujourd'hui. Pour lever les freins à la mobilité des apprentis, la réforme s'appuie sur la reconnaissance des acquis développés pendant la mobilité pour la délivrance du diplôme, la création de référents mobilité dans les centres de formation, ou la mise en veille des obligations de l'employeur pendant la durée de la mobilité. En cette période de négociation sur le futur programme, cette réforme atteste du soutien politique fort apporté au programme Erasmus + par le gouvernement français.

L'Allemagne envisage 10 % d'apprentis en mobilité

En Allemagne, le gouvernement et les partenaires sociaux développent une stratégie commune. En effet, malgré la très bonne notoriété du système d'apprentissage allemand aux niveaux national et international, les jeunes Allemands choisissent le plus souvent la voie de l'enseignement général. Le Parlement allemand s'est exprimé sur un objectif de 10 % d'apprentis en mobilité d'ici 2020.

Erasmus + est le programme de mobilité le plus développé en Allemagne : plus de la moitié des mobilités de l'enseignement et de la formation professionnels réalisées sont financées par le programme Erasmus +. Néanmoins, selon une étude réalisée par le BIBB en 2017, seuls 5.3 % des apprentis avaient bénéficié d'une mobilité. Bien que la coopération avec la France soit le point de départ des mobilités dans le secteur de l'enseignement et de la formation professionnels, il est nécessaire d'aller au-delà.

Les Agences nationales française et allemande travaillent en étroite collaboration

Nous, BIBB et Agence Erasmus+ France / Education Formation, avons pour objectif de renforcer la coopération et l'échange de pratiques. La mobilité des apprentis et des élèves de la formation professionnelle est une priorité pour nous. Erasmus + est l'instrument le plus pertinent pour développer la coopération franco-allemande dans un contexte européen. Nous nous sommes engagés à renforcer Erasmus + et la coopération européenne et l'Europe fournit des outils performants pour favoriser les collaborations : le Cadre européen des certifications (CEC), ECVET, Europass pour la reconnaissance et la valorisation des compétences et EPALE, une plateforme dédiée à la formation et à l'éducation des adultes.

En France, les résultats de l'appel à propositions 2018 montrent un intérêt croissant pour la mobilité dans le secteur de l'enseignement et de la formation professionnels. 20 % des organisations sont des primo-candidates et la demande pour les mobilités longues de plus de 3 mois augmente. En Allemagne, on observe une tendance similaire, bien que les mobilités longues n'attirent pas autant qu'en France. Les projets de partenariat Erasmus + entre la France et l'Allemagne aideront à améliorer la compréhension des systèmes respectifs et à développer de meilleures pratiques pour les acteurs et les apprenants de la formation professionnelle.

Dans les domaines de la formation professionnelle et de l'éducation des adultes, le BIBB et l'Agence Erasmus+ France / Education Formation mettent en œuvre un grand nombre d'activités et de projets communs pour augmenter leur coopération :

  • Les Euro-apprentis sont des jeunes qui ont réalisé une mobilité Erasmus + et qui s‘engagent à promouvoir la mobilité en allant à la rencontre d'autres élèves et d‘entreprises. La France va bientôt rejoindre le réseau européen Euro-Apprentis ;
  • ECVET est un outil important qui contribue à améliorer la qualité des mobilités et à augmenter la perméabilité de notre système d'enseignement et de formation. La coopération entre les experts ECVET allemands et français va s‘intensifier ;
  • L'Allemagne et la France organisent conjointement des séminaires de contacts pour créer de nouveaux partenariats, en particulier dans le domaine de la mobilité de la formation professionnelle ;
  • L'Allemagne se joint à l'initiative française des #ErasmusDays qui aura lieu, dans toute l'Europe, les 12 et 13 octobre prochains, et qui sera l'occasion de promouvoir le programme Erasmus +.

Notre collaboration grandissante ne sera un succès que si le nombre de partenariats entre les acteurs de la formation professionnelle de nos deux pays croît lui aussi. C'est pour cela que nous avons besoin de votre soutien et de vos initiatives. Construisons ensemble une Europe forte et un partenariat franco-allemand fort.

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Juillet 2018
Article

Le mag' Erasmus+

Numéro 18 - juillet/août 2018

L'actualité

 

[1] Histoire de la coopération européenne dans le domaine de l'éducation et de la formation. Page 58 – Office des publications officielles des Communautés européennes, 2006

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