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Bertrand Derouineau, Laurent Hassoun : Les conditions du retour vers la formation par alternance des jeunes adultes décrocheurs

Avec des taux de rupture de contrat pouvant aller jusqu'à 30 % dans certains métiers, il est évident que l'entrée en alternance, malgré la dimension professionnalisante et donc concrète ne résout pas systématiquement la problématique du décrochage scolaire.

Dans le cadre de l'Agenda Européen pour la Formation des Adultes, coordonné en France par l'Agence 2e2f, un groupe de travail réunissant des experts d'origines diverses s'attache actuellement au travers d'expériences menées en France et à l'étranger, à identifier les facteurs de réussite d'un « raccrochage » par une formation en alternance.

Plusieurs éléments de problématique

Aux facteurs classiquement évoqués comme l'orientation subie ou à minima partielle, la question du sens de certains enseignements et même de certaines taches réalisées en entreprise, le manque d'écoute et d'attention ressenti par l'alternant, s'ajoutent des difficultés spécifiques comme la gestion d'une « tension » entre le centre de formation et l'entreprise dont les objectifs peuvent apparaître au premier regard identiques ou tout au moins convergents alors que la réalité est parfois plus complexe.
Face à ces difficultés, le sujet de la communication entre le jeune décrocheur entrant en alternance, le tuteur ou le maitre d'apprentissage, et l'équipe pédagogique est particulièrement sensible.

Investigation sur trois champs de travail

Le groupe d'experts investigue actuellement trois champs de travail sur lesquels les acteurs (centre de formation et entreprise)  peuvent trouver matière à favoriser la réussite d'un retour vers l'alternance :

  • la construction de l'identité personnelle et professionnelle 

Certains jeunes bénéficient  parfois, en amont, d'un dispositif d'accompagnement au projet (appui d'une mission locale, dispositifs régionaux, E2C, EPIDE, etc.) qui constitue une condition nécessaire bien que non suffisante  d'un raccrochage réussi mais pour d'autres, ils intègrent une formation en alternance dans laquelle  ce travail de construction n'est bien souvent ni prévu ni formalisé. La construction est donc très aléatoire, et dépend des conditions favorables ou défavorables de l'accueil et de l'accompagnement. Intégrer cette dimension dans un dispositif implique la présence  d'un « référent »  au sens élargi du terme dans le centre de formation et dans l'entreprise et par la prise en compte des trois dimensions, individuelle, sociale et professionnelle pour aider à la construction du projet de l'alternant.

Le portefeuille de compétences est un bon support pour soutenir une dynamique projet.

Ce support est un dossier relatant les expériences professionnelles réalisées dans le but de retracer un parcours d'expériences et de conserver les témoignages d'acquis de formation et d'expérience. Il permet de rendre visible l'expérience, d'identifier les savoir-faire mobilisés, de valoriser les compétences développées.

  • l'instauration d'une dynamique de succès 

Le retour vers la formation présente pour certains une confrontation avec une série de difficultés. Pour soutenir la remobilisation, il semble important non de pas de rechercher la facilité (des contacts, des taches, des apprentissages) mais les conditions de réussite en privilégiant la mise en œuvre de méthodes, de situations, qui vont permettre aux jeunes de réussir ses interactions avec ses interlocuteurs, ses apprentissages, ses réalisations.

  • la mise en lien des enseignements avec les activités en entreprise et /ou du quotidien

En effet, le décrochage , s'il est conjugué avec la non maitrise des compétences de base, peut s'expliquer aussi par des difficultés d'apprentissage tant en matières générales qu'en matières professionnelles, qui souvent génèrent des échecs, une baisse de l'estime de soi, des comportements d'indiscipline et un manque d'autonomie en entreprise, dont se plaignent nombre de maîtres d'apprentissage, notamment.

Dans les centres de formation, cette problématique est souvent traitée sous un angle disciplinaire, reproduisant un schéma scolaire avec la mise en place de « cours de soutien » en français et en mathématiques, ce qui replace l'alternant en situation de type scolaire associée pour lui à une situation d'échec. Le risque est donc de voir se répéter les mêmes processus qui ont abouti à leur échec et à leur démotivation d'apprendre les matières générales, pourtant indispensables, d'où l'intérêt de substituer à une approche disciplinaire peu efficiente, un traitement par les compétences de base avec une entrée métier plus proche des préoccupations quotidiennes des alternants.

Cette approche, qui consiste donc à entrer par des apprentissages concrets, situés, identifiés comme utiles, permet de donner du sens aux cours et de transposer par la suite les acquis à d'autres situations et ainsi développer l'apprentissage de l'abstraction.

pour un accompagnement individualisé

Ces trois champs impliquent un accompagnement individualisé des alternants en centre de formation et en entreprise, avant le démarrage du contrat, lors de l'intégration et durant l'ensemble du contrat. Ils impliquent également l'ensemble des acteurs, l'alternant, sa famille pour les plus jeunes, le centre de formation et l'entreprise.

Bien que pris en compte et très souvent institutionnalisé (aide à la recherche d'un contrat par un développeur, dispositif passerelle, visite en entreprise, formateur référent, tuteur ou maitre d'apprentissage désigné dans l'entreprise, livret de suivi) l'accompagnement individualisé des jeunes décrocheurs met parfois en évidence le besoin  de repenser la notion même d'accompagnement.

En effet, il ne s'agit pas forcément de mettre en place des moyens supplémentaires mais plutôt de créer les conditions d'une responsabilité collective et concertée (équipe pédagogique, entreprise, famille) et de veiller à ce que l'organisation favorise cette responsabilité collective.

 Bertrand Derouineau, directeur d'IP2A et Laurent Hassoun, consultant

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Octobre 2013
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