Accueil Agence Erasmus > Articles et actualités > Vincent Peillon : cinq questions sur ERASMUS + au ministre de l'Education nationale

Vincent Peillon : cinq questions sur ERASMUS + au ministre de l'Education nationale

Vincent PeillonNous avons interviewé Vincent Peillon, ministre de l'éducation nationale, sur la mobilité apprenante en Europe et plus particulièrement celle des jeunes. Le nouveau programme souhaite intensifier la mobilité, levier efficace pour l'acquisition de compétences clés, la lutte conte le décrochage et l'insertion professionnelle. La stratégie des établissements scolaires est plus que jamais mise en avant.

L'ouverture à l'Europe est-elle une priorité de la politique éducative française ?
L'école doit préparer nos jeunes à devenir des femmes et des hommes du XXIème siècle. Cela inclut nécessairement une ouverture à l'Europe et au monde, et la loi pour la refondation de l'École affirme clairement cette ambition. Il est en particulier de la responsabilité de l'École de favoriser l'intégration des futurs citoyens français dans l'espace politique qu'est l'Union européenne. Nous devons développer chez eux un esprit européen. Au vu des taux de participation aux élections européennes, on peut considérer que la tâche est vaste ! Mais l'enjeu est fondamental et nous disposons de leviers réels. Les élèves doivent connaitre les valeurs et les symboles de l'Union européenne, à côté de ceux de la République française. Les programmes scolaires, à tous les niveaux, devront intégrer une dimension européenne : le Conseil supérieur des programmes que j'ai installé est missionné en ce sens. L'ouverture sur l'Europe passe également par l'apprentissage des langues étrangères – qui sera obligatoire dès le CP à la rentrée 2015 –, le développement de la mobilité des élèves comme des personnels et la multiplication des partenariats entre établissements scolaires.
Pour tout cela, le programme Erasmus+ est plus que jamais indispensable. Le public scolaire – de la maternelle au baccalauréat et dans toutes les filières : générale, technologique et professionnelle – constitue une part croissante des participants aux programmes européens : je souhaite que cette tendance se poursuive et s'accélère avec Erasmus+.

Erasmus+ est doté d'un budget augmenté de 40% par rapport au précédent. Soutenez-vous cette politique de « démocratisation » du programme qui va s'ouvrir au plus grand nombre ?
Bien entendu. Pour reconquérir les cœurs, l'Europe doit montrer, concrètement, qu'elle est une promesse non seulement de paix et de développement économique, mais également d'émancipation, d'ouverture et d'enrichissement culturel mutuel. Pour contribuer à faire de cette promesse une réalité, le plus grand nombre d'élèves, d'apprentis, d'étudiants… doivent pouvoir bénéficier de l'ouverture culturelle, linguistique et professionnelle que permet le programme Erasmus+. Cela implique, pour ce qui concerne l'enseignement scolaire, une sensibilisation massive sur les opportunités offertes par ce programme, en impliquant fortement les responsables éducatifs, dans les rectorats et les établissements, à sa diffusion et sa mise en œuvre.

La stratégie à l'international des établissements scolaires est mise en avant. Etes-vous favorable à cette démarche plus globale ?
Félicitons-nous d'abord que la mobilité des professionnels de l'éducation et de la formation soit une des priorités d'Erasmus+, avec un budget en hausse qui lui sera consacré. La mobilité des personnels aura un effet de levier sur celle des élèves, car des professionnels ouverts sur l'Europe seront mieux à même d'y intéresser leurs élèves et d'initier des partenariats avec des établissements étrangers.
L'approche institutionnelle retenue dans Erasmus+ est intéressante puisqu'elle vise à mettre en place des mobilités de grande qualité ayant un impact mesurable sur l'établissement qui les porte et, au-delà, sur le système éducatif dans son ensemble. Nous souhaitons que les établissements puissent se regrouper au sein de consortiums pour pouvoir porter des projets conjointement et nous serons également attentifs à la situation particulière des écoles primaires qui, n'ayant pas de personnalité juridique propre leur permettant de porter financièrement les projets, devront faire l'objet d'un accompagnement spécifique.

Les établissements d'enseignement professionnel et technique sont également concernés par Erasmus +. La mobilité des élèves vous semble-t-elle un des éléments de revalorisation de ces filières ?
La revalorisation de la filière professionnelle est l'une des priorités de la refondation de l'école. Nous avons, pour cela, créé les campus des métiers et des qualifications, qui sont des pôles d'excellence, engagé le verdissement et la modernisation des filières de formation pour préparer aux métiers de demain, installé le Conseil National Éducation-Économie pour rapprocher l'école du monde économique, préparé une refonte du système d'orientation. Développer les opportunités de mobilité pour les lycéens professionnels constitue également un moyen de rendre l'enseignement professionnel plus attractif. Nous agissons concrètement pour cela. A partir de l'année prochaine, le projet ECVET (European Credit system for Vocational Education and Training) se concrétisera par l'intégration dans la délivrance du baccalauréat professionnel des évaluations réalisées dans un contexte étranger, ce qui facilitera la mobilité pour des périodes de stage ou de formation. L'ONISEP a également lancé récemment un portail internet « Ma voie pro Europe » qui présente l'ensemble des outils existant en France et en Europe pour la mobilité dans la voie professionnelle. Il faut faire connaitre ces outils aux élèves et aux enseignants et les encourager à s'en saisir.

Comenius Regio, qui s'adressait aux collectivités territoriales pour des projets éducatifs de coopération se poursuit à travers des partenariats stratégiques. Souhaitez-vous que les acteurs locaux s'impliquent davantage dans les années à venir ?
Les convergences entre les actions de coopération européenne et internationale menées par les acteurs du système scolaire et celles menées par les collectivités locales, et les partenariats entre eux, doivent être recherchés et encouragés, à tous les niveaux. Les potentialités de Comenius Regio sont considérables en termes d'acquisition de compétences nouvelles par les élèves, de formation continue des personnels, d'ouverture sur le monde du travail et d'actions innovantes de coopération européenne dans le champ de l'enseignement scolaire – dans des domaines aussi variés que la lutte contre le décrochage scolaire, l'éducation au développement durable, la citoyenneté, l'éducation à l'entrepreneuriat, l'apprentissage des langues, les technologies de l'information et de la communication… Je ne peux donc que souhaiter que Comenius Regio soit moins confidentielle à l'avenir et que les acteurs locaux se saisissent des opportunités multiples qu'elle offre.

20
Février 2014
Article

Le mag' Erasmus+

L'apprentissage

La parole à