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'Le multilinguisme au Parlement européen est un signe d’identité'

S'il est un message qui nous parvient chaque jour pour faire avancer le processus d'articulation continentale qui nous a conduit jusqu'à l'Union Européenne, c'est bien celui signalant "qu'il faudrait rapprocher de l'Union les citoyens et  les citoyennes".

Je suis de ceux qui, allant plus loin, affirmons qu'il faudrait même rendre aux Européens et aux Européennes la conscience de ce que l'Union leur appartient. La chose est tellement évidente que je n'ai jamais entendu personne se prononcer contre ces affirmations. Le paradoxe apparait lorsque certains de ceux qui soutiennent ce que je viens d'énoncer émettent des doutes, voire vont jusqu'à disqualifier tout ce que représente le multilinguisme dans la construction communautaire et plus particulièrement au Parlement Européen, où l'usage des 24 langues officielles acquiert sa plus haute expression.

Paradoxe, dis-je, car comment pourrait-on rapprocher les Européens et les Européennes de l'Union si tout ce qui s'y passe, si tout ce que l'on y décide, si chaque message et chaque information ne leur parvient pas dans leur langue de tous les jours ! C'est bien là la justification du multilinguisme au Parlement européen, indispensable pour assurer l'identité démocratique du projet, et pourtant décrié tous les jours comme un luxe inutile, comme un caprice de spécialistes, et même comme une excentricité qu'on ne saurait continuer à financer et dont on devrait se passer aussi vite que possible.

Si le multilinguisme a un coût, il rapproche les citoyens

L'alternative qu'on nous avance me paraît indéfendable, car elle ne tient pas compte d'une réalité incontestable même si elle est ignorée et dissimulée par les adversaires du multilinguisme. Je parle d'une réalité qui montre sans ambages que plus de 80% des Européens et des Européennes ne connaissent pas un mot d'autres langues que les leurs ; j'ajouterai d'ailleurs que, dans l'ensemble des 28 États communautaires, la langue la plus répandue est largement inconnue et par conséquent inaccessible à plus de 65% des citoyens et des citoyennes.

Les avocats de la lingua franca négligent cela ; ils ignorent d'ailleurs aussi que,  quand cette langue prit son nom du latin, là encore, elle ne touchait qu'un chiffre infime de personnes, à peine quelques milliers de religieux, de savants et peut-être quelques guides comme ceux accompagnant ou accueillant des pèlerins se rendant d'un peu partout en Europe, à Saint-Jacques-de-Compostelle en plein Moyen-Âge. À peine quelques milliers de personnes, cela pouvait avoir un sens à un temps qui ne fut pas celui de la démocratie, loin de là. Non, il n'existe pas de lingua franca de nos jours en Europe : non, si nous posons la question dans une perspective démocratique, c'est-à-dire en pensant au-delà de quelques minorités privilégiées dans chacun de nos pays.

L'enseignement des langues est plus que jamais une priorité

De tout ce que je viens de signaler, je tire une conclusion. L'enseignement des langues est à ce jour plus important que jamais. La mondialisation l'exige de toute évidence sans que je puisse, par manque d'espace, réfléchir ici à tous les bénéfices que chacun peut tirer de la connaissance d'autres langues que sa langue maternelle. Mais cela ne peut en rien réduire le besoin, au sein des Institutions communautaires et plus qu'ailleurs, au sein du Parlement européen, de maintenir tous nos travaux et toutes nos communications dans toutes les langues de nos pays membres. J'irai même plus loin : l'Union européenne devant devenir au plus vite un acteur global cohérent, responsable et capable de défendre nos valeurs et nos intérêts sur la scène internationale, cela exige dans le plus bref délai d'opérer aussi dans les langues de ceux qui seront nécessairement nos partenaires dans la gestion de la paix mondiale et du progrès social pour toute l'Humanité. Communiquer aussi en arabe, en russe et en chinois permettra à ces partenaires de mieux nous connaître et à nous-mêmes de mieux les comprendre et de mieux coopérer.

 

Miguel Angel Martinez Martinez Miguel Angel Martínez Martínez
Vice-Président du Parlement européen,
chargé du multilinguisme

 

04
Juin 2014
Article

Le mag' Erasmus+

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