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Sandrine Doucet : « Il faut développer l’apprentissage des langues si l’on veut développer les mobilités »

Sandrine Doucet, députée de la Gironde, est l'auteur d'un rapport à l'Assemblée nationale sur la démocratisation d'Erasmus. Nous l'avons interrogée sur l'impact de la mobilité européenne des apprentis sur l'insertion professionnelle.

L'Agence Europe-Education-Formation a fédéré vingt partenaires en France, prescripteurs de mobilité d'apprentissage pour conduire avec le CEREQ la première étude sur l'impact de la mobilité des apprentis en termes d'employabilité.

Sandrine Doucet

MAG ERASMUS : A la lecture de l'étude, quel est selon vous le bon moment pour effectuer une mobilité d'apprentissage ?
Sandrine Doucet :
« Les bacs professionnels semblent être le niveau privilégié pour les mobilités d'apprentissage. Les CFA, les familles et les lycéens s'intéressent ainsi à ce créneau, qui correspond à un niveau de maturité suffisant des jeunes pour envisager un déplacement. Beaucoup d'entre eux, en effet, se retrouvent seuls durant cette mobilité, en familles ou en entreprises. Je me pose la question du niveau équivalent de diplôme dans les pays où se font ces mobilités ».

ME : Comment remédier d'après vous à l'obstacle des langues ?
S.D. :
« L'obstacle des langues est souvent repéré. L'enseignement professionnel ne laisse peut-être pas suffisamment de place  pour ce type d'apprentissage. Or, si l'on veut développer les mobilités, il faut développer l'apprentissage des langues.
C'est un élément que je n'avais pas perçu de façon aussi flagrante lors de mon travail sur le rapport sur la démocratisation d'Erasmus +, car nous avions vu surtout des systèmes de l'enseignement supérieur où le niveau de langues des étudiants est, bien sûr, du fait du contenu des études suivies, bien plus élaboré. C'est donc un élément à prendre en compte, en plus de ceux que j'avais préconisés dans le rapport, qui sont l'aide financière et la formation des enseignants en termes de mobilité ».

ME : Ces premières mobilités de courte durée permettent-elles d'appréhender le monde de l'entreprise ?
S.D. : « Après la mobilité, le degré de satisfaction est largement  encourageant, avec cependant, à mon avis, deux précautions à souligner.
La durée du séjour, de 2 à 3 semaines, est certainement le bon calibrage pour ce qui représente une des premières séparations avec les familles, pour un départ à l'étranger. C'est relativement court, mais cela permet une approche avec l'entreprise assez complète, sans provoquer de lassitude.
C'est aussi suffisant pour permettre aux jeunes de penser que cela pourra être investi pour avoir des retombées positives sur l'employabilité.
Je remarque, à ce stade, qu'il n'y avait pas de questions sur la façon dont le séjour a été préparé par le CFA et que c'est aspect n'a été évoqué que dans la deuxième partie, sur les résultats qualitatifs (page 23), ou à la fin dans les récits, seulement sur les points administratifs ou financiers ».

ME : Qu'en est-il d'après vous du réinvestissement des savoirs professionnels ?
S.D. :
« On remarque que la mobilité conforte les jeunes dans leur perspective d'emploi ou de formation dans la filière qu'ils ont choisie ; sans doute, cette expérience a l'avantage de montrer d'autres aspects du métier, dans ces orientations professionnelles, souvent choisies par défaut et c'est un bon point.
Dans les pages suivantes, nous pouvons remarquer que les jeunes n'ont pas eu l'occasion de réinvestir les nouvelles méthodes apprises lors de leur déplacement, et elles existent comme en témoignent les récits et les résultats (page 21). À quoi cela tient-il ? Peut-être faudrait-il que l'entreprise du jeune lui donner la possibilité d'avoir un retour sur cette expérience, en lui permettant de mettre en œuvre ses nouvelles pratiques ».


ME :Comment mobiliser les équipes pédagogiques pour rendre ces mobilités plus systématiques ?
S.D. :
« On constate l'inégalité des préparations en fonction des établissements scolaires. Cela renvoie à la question cruciale de la bonne volonté des équipes, qui dépend aussi, souvent, de leur degré d'initiation aux pratiques des mobilités. Je trouve les questions aussi très " pudiques" sur l'aspect de la discipline ou l'indiscipline des jeunes qui peuvent être des éléments encourageants ou non à monter des projets. Il y a donc une inégalité des jeunes face aux possibilités de mobilités.
De façon générale, je suis très satisfaite de constater les apports du point de vue personnel, relationnel, avec la possibilité de découvrir une autre culture».

« Nous sommes dans l'essence de ce que doit être l'Europe ».

Mobilité européenne et valorisation de l'apprentissage : étude d'impact nationale, 2014

Les apprentis mobiles à l'international présentent, comparativement aux apprentis non mobiles, une propension supérieure à la poursuite de leurs études et à l'obtention de salaires supérieurs.

Les données qualitatives et quantitatives recueillies avant, au retour et trois mois après les mobilités révèlent notamment que 96% des apprentis sont satisfaits, que plus de 56% n'ont pas participé financièrement à cette formation et que 65% jugent cette mobilité importante pour leur future carrière.

L'enquête a été conduite auprès de 936 apprentis de niveaux IV et V. Elle a débuté en 2012 et se poursuit en 2014 pour connaitre la situation des apprentis de 6 à 12 mois après la période de mobilité.

Les co-financeurs de l'étude
Ministère du travail, de l'emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social (la DGEFP via le Fond national de modernisation de l'Apprentissage), l'Assemblée permanente des Chambres de métiers et de l'artisanat, l'Association ouvrière des Compagnons du devoir du tour de France, la Chambre de Commerce et d'Industrie France et 16 régions françaises.

 

 

10
Juin 2014
Article

Le mag' Erasmus+

Mobilité et apprentissage des langues

La parole à